Voir le Vin


Voir le Vin – Ou comment Champ d’Avoine à Vejby (1843) de Peter Christian Skovgaard me parle de la rafle du raisin…

La rafle du raisin, c’est-à-dire son pédoncule, lorsqu’elle n’est pas encore arrivée à maturité, peut transmettre au vin rouge des arômes herbacés, végétaux, et une amertume, qui ne sont pas toujours très agréables. Sont concernés les vins dont la peau des raisins est en contact prolongé avec le jus, lors de la période de macération, soit essentiellement les vins rouges. Pour éviter cela, le vigneron peut choisir d’enlever cette partie végétale de la grappe, en l’éraflant, ou l’égrappant.

Nous assistons depuis quelques années, notamment en Bourgogne, à un retour de la vendange entière. La mode des vins à macération longue, au fruité très généreux et compoté, a fait place à une recherche de vins plus aériens, plus frais, aux accents plus mentholés. Voilà pourquoi certains vignerons font le choix de vinifier des grappes entières, soit partiellement, soit totalement. Pour apporter cette délicate sapidité aux vins (les rafles renferment des sels minéraux), des notes fraîchement végétales, et finesse. 

 

Ce sujet me rappelle cette cette huile sur toile, que  j’adore. Dans cette œuvre, pas de sujet pompeux, le peintre a  juste restitué la beauté de la nature travaillée par la main de l’Homme. Cette ode à la naturalité, me fait ressentir la douce fraîcheur de cette matinée d’été, qui agite délicatement les hautes tiges d’avoine, fines et délicates. Des céréales qui puisent leur richesse nutritive dans le sol, au point de se gorger elles mêmes de sels minéraux ! Autant de sensations apportées par la rafle au vin !

 

Voir le Vin – Ou comment L’Annonciation de Simone Martini (1333) me parle du Vin de méditation...

Une pensée longue et approfondie, c’est ainsi que l’on peut définir la méditation. Religieuse ou profane, elle fait appel à l’esprit. Le vin de méditation est un vin qui sollicite non seulement les sens, la vue, l’odorat, le goût, le toucher, mais aussi l’esprit. C’est un vin qui donne à penser, à réfléchir, qui nous emporte. Non pas sous l’effet de l’ivresse, mais bien par sa complexité et sa profondeur. Sa richesse nous interroge, elle induit la réflexion, la méditation. Et le paradoxe est là : autant la méditation est un acte très personnel, quasi de repli sur soi, autant le vin de méditation induit l’échange. Ce vin est un tout, il se suffit à lui-même, il n’a pas besoin de mets pour être dégusté. Car c’est le vin que l’on aime à partager avec ceux qui nous sont chers, le soir d’hiver, auprès d’un feu de cheminée. C’est aussi celui que l’on aime faire découvrir, lors de ces longues soirées d’été. Sont rangés dans cette catégorie les spiritueux, grands liquoreux ou encore vins doux naturels, Porto, Rivesaltes, Muscat, et autres Maury, pour la complexité de leurs arômes et textures, et leurs innombrables messages qu’ils nous délivrent. Mais finalement, tous les vins, dès lors qu’ils nous touchent, par leur richesse, et les émotions qu’ils nous procurent, dès lors que nous avons envie de les faire découvrir à nos parents ou amis, ne deviennent-ils pas des vins de méditation ? 

 

J’ai rapproché le concept de Vin de méditation à cette œuvre magistrale de Simone Martini, prince du Gothique italien : la grâce des personnages, leur magie surnaturelle, leur puissance, stimulent mon imagination, induit la contemplation, et la méditation. 

 

 

Voir le Vin – Ou comment « Venise en Approche » (1844) de William Turner nous montre le vin orange.

J’ai goûté la première fois un vin orange, encore appelé vin de macération, il y a quelques années, en Italie, dans une trattoria très Slow Food, à Florence. Et ce fut un choc. Une révélation. Inconditionnelle du blanc, une nouvelle dimension s’ouvrait, tant au niveau des arômes, que de la texture. Je découvrais de nouvelles sensations. Je découvrais de nouvelles expressions. 

Le vin  de macération est un vin issu de raisins blancs qui sont vinifiés comme un vin rouge. Dans le cas du vin blanc, les raisins sont pressés et le jus seul fermente. Dans le cas du vin de macération, comme pour les vins rouges ou rosés, le jus est mis au contact avec les peaux du raisin, de quelques jours, à quelques mois. Parfois légèrement oxydés, passés en amphores, souvent bio, ou natures, ils surprennent par leurs tanins, leur texture. Ces vins ont une ampleur en bouche, une réelle présence. Et lorsqu’ils sont travaillés en nature, ils sont en outre dotés d’une lumière et d’une énergie vibrante. Chaque nouvelle dégustation me fascine. Cette couleur n’est définitivement pas pour moi une couleur anecdotique. Rouge, blanc, rosé… le vin de macération, ou vin orange, fait entièrement partie de mon univers de dégustation.

Je l’ai associé tout naturellement à cette œuvre du peintre britannique William Turner, qui décline la tonalité orange, la lumière et les floutés de manière admirable. Et qui ne sont pas sans me rappeler la couleur, l’énergie ainsi que la texture du vin de macération !

Voir le Vin – Ou comment Le Déjeuner sur l’Herbe d’Edouard Manet nous parle de La Grolle de Patrick Baudouin... Et de la simplicité dans le Vin!

Lorsque j’ai dégusté ce vin, j’ai été touchée par sa simplicité. Des arômes de fruits rouges, à profusion. Et en bouche, une explosion de gourmandise, de ces fruits d’été rouges et gorgés de soleil, sur une trame de fond épicée, avec une petite touche de fraîcheur, autant de sensations simples et ordonnées qui évoluent progressivement, en diminuendo, pour reprendre une expression musicale, jusqu’à disparaître... et appeler une seconde gorgée, qui sera, elle aussi, aussi souple, gourmande et teintée de fraîcheur que la première ! 

Ici, pas d’effets de manche, vous l’aurez compris, les notes sont simples, et bien placées. 

Le vigneron a travaillé un cépage longtemps oublié, et pourtant emblématique de la Vallée de la Loire, le Grolleau. Et il en a fallu de la rigueur, de la part du vigneron, pour en arriver à ce vin, pour garder la fraîcheur, la souplesse, et les arômes de fruits rouges si caractéristiques de ce cépage ! Parce que ne vous y fiez pas, un vin aussi simple soit-il, nécessite autant de travail qu’un vin plus complexe !

J’ai associé cette cuvée au Déjeuner sur l’Herbe. Pour les fruits rouges tombés du panier, gourmands et voluptueux. Pour la fraîcheur de la femme se baignant, dans la rivière. Pour sa construction, cette simplicité apparente. Et pour son scandale, car ce tableau scandalisa les bien pensants, à son époque : petit clin d’œil à l’étiquette de cette cuvée, si décalée, si rock ! 

Voir le Vin – Ou comment Racines d'Arbres de Vincent Van Gogh nous parle de l'énergie dans le vin...

Au fil de mes dégustations, j’ai remarqué une chose : le vin source d’émotions chez moi est toujours un vin qui libère une énergie. C’est un vin qui s’exprime et vit en moi... c’est un vin vivant !

D’où vient cette vie, cette énergie propre à certains vins ? 

Pas de magie ici, ou de surnaturel... tout est très logique, et nous rappelle combien le respect de la Terre est l’élément fondateur.

 

Les éléments essentiels à la croissance de la vigne, nutriments, oligo éléments, minéraux, sont captés par les racines dans le sol, mais pas directement ! Elles passent en effet par de microscopiques champignons, appelés mycorhizes. Ces derniers sont cependant fragiles, et sont très sensibles aux produits phytosanitaires. C’est pourquoi un sol vivant, respecté, parce qu’il permet aux mycorhizes ces échanges entre racines et terre, entraîne une plus grande complexité aromatique dans vin. Car, toute la richesse du sol, toute l’énergie vitale de la Terre est alors captée par les racines de la vigne via ces micro champignons, et se retrouve dans le vin... Et cette énergie est d’autant plus libre de s’exprimer dans le vin que le vigneron, lors de la vinification, veille à ne pas bâillonner et écraser son vin par un usage immodéré des sulfites. Je suis maintenant persuadée d’une chose : un vin ne peut pas délivrer d’émotions s’il ne porte pas en lui cette énergie, née de son Terroir.

Et je fais ici encore un parallèle avec Vincent Van Gogh, et cette huile Racines d’Arbres. Ressentez-vous cette énergie vitale qui se dégage de ces racines ? Quelques heures après avoir peint cette huile, le peintre se tirera non loin de là, dans un champs, une balle dans le ventre...

 

Voir le Vin – Ou comment l'oeuvre de Van Gogh nous parle des émotions dans le vin...

D’où vient mon émotion lorsque je déguste un vin ? Cette question, je me la pose depuis des années ! Attention, post hautement subjectif... 

Bien entendu, les émotions naissent de ce moment de convivialité qui accompagne l’ouverture d’une bouteille. De ce moment magique, de bien-être, d’osmose, avec les amis, les proches, pendant lequel les vins, les plats, se parent d’une aura particulière. Et dans ce cas, les cuvées dégustées sont le miroir de ce moment de grâce, et deviennent ainsi elles-mêmes porteuses d’émotions.

Je pense aussi que certains vins libèrent eux-mêmes ces émotions. Ces vins irradient en dehors de ces moments de partages. Ils n’ont pas besoin d’être portés par un moment d’intense convivialité, pour dégager cette émotion. Lorsque je déguste ce vin-là, même seule, dès la première gorgée, il se passe quelque chose en moi. Ce vin pulse, libère une aura, une énergie, son énergie, qui passe de ma bouche, à mon corps, à mon esprit. C’est alors cette énergie du vin, qui fait naître mes émotions. Qui me bouleverse parfois. 

Et j’ai remarqué une chose : les vins qui font naître en moi de telles émotions sont toujours des vins d’énergie. C’est peut-être cela, un vin vivant,  c'est un vin qui s’exprime et vit en moi. 

 

Ces vins me font penser à l’œuvre de Vincent Van Gogh, elle dégage une telle intensité, une telle énergie, une telle force, qui nous bouleversent encore aujourd’hui.

 

 

Voir le Vin – Ou comment l’œuvre de Cindy Sherman nous parle du cépage Viognier...

L’iconique artiste Cindy Sherman, nous la connaissons à travers ses multiples portraits, où elle se met en scène pour incarner une petite fille, un clown, des modèles imaginaires inspirés de peintures anciennes, ou historiques, une mosaïque de portraits, à la poésie bien souvent inquiétante.

Cette faculté de l’artiste à se métamorphoser,  à présenter dans chaque œuvre une nouvelle facette d’elle-même, me fait penser au viognier, LE cépage aux multiples arômes !

 

Cépage cultivé dans le Sud de la France, il est le roi des Appellations Condrieu et Château Grillet. Voyageur, il est cultivé au Portugal, aux USA, en Australie. Le Viognier est joueur, il présente une telle complexité d’arômes qu’il est difficile de le décrire ! 

Une chose est certaine, les vins secs issus de viognier sont dotés d’une robe au doré soutenu. Ils sont très parfumés, exubérants même : fruits jaunes (mangue, pêche, abricots, coings), agrumes (citron), fruits secs (amandes, noisettes grillées), fleurs (iris, violette, acacia), ou encore épices...  ils sont capiteux, enivrants, envoutants. Très expressifs, ils sont pourtant d’une grande finesse, gras, quasi onctueux, avec une longueur admirable.

Essayez le mariage avec des suchis, des asperges vertes, ou tout simplement un picodon, c’est magique !

 

 

 

Voir le Vin – Ou comment La Comtesse d’Haussonville (1845) de Jean-Auguste-Dominique Ingres nous montre les tanins soyeux...

Les tanins sont essentiellement présents dans les vins rouges, et lui sont primordiaux. Ils n’apportent pas d’arômes, mais sont sa charpente, sa structure. Et jouent un grand rôle pour en augmenter son potentiel de garde. Repérer les tanins est très simple : se sont eux qui assèchent la bouche. Qui donnent cette sensation de resserrement au niveau des gencives notamment. Trop présents, ils agressent. Absents, le vin paraît mollasson au palais. On dit de tanins soyeux qu’ils donnent en bouche une impression de texture dense, et néanmoins délicate, fine et élégante, comme une sensation de soie qui tapisse le palais.

 

Je retrouve dans cette majestueuse huile sur toile du néoclassique Ingres cette sensation de tanins soyeux. Remarquez cette femme, sa robe est essentielle à la composition du tableau, elle le structure, d’elle semble émerger le personnage. Comme les tanins structurent le vin rouge. Voyez aussi le réalisme de ce tissu, ces plis et replis soyeux, cette densité, cette finesse et élégance, qui font écho à la sensation de tanins soyeux dans le vin.

 

Voir le Vin – Ou comment La Tentation de Saint Antoine (vers 1505) de Jérôme Bosch nous parle des notes d’élevage dans le vin...

En fin de vinification, et avant la mise en bouteille, le vigneron peut choisir de mettre son vin au repos, en fût, afin de complexifier sa structure et ses arômes. Un élevage en fût (contrairement à un élevage en cuve) développe la personnalité d’un vin, en apportant tanins supplémentaires, maturité, et des arômes très caractéristiques, ces fameuses notes d’élevage. Ces notes désignent les arômes boisés d’un vin : vanille, clou de girofle, résine, café, chocolat, pain grillé, noix de coco, noix de muscade, clou de girofle, caramel. Le choix du fût (neuf ou vieux, chêne français ou étranger, son mode d'élaboration, etc.) ou le temps d’élevage, sont autant de paramètres avec lesquels joue le vigneron, pour modeler son vin. Plus le fût est neuf et plus il apporte d’arômes. Un élevage réussi apporte complexité, dans le cas contraire, il risque d’alourdir le vin, ou de lui apporter des notes désagréables, de bois humide notamment.

 

J’ai associé les notes d’élevage à cette œuvre saisissante et énigmatique de Jérôme Bosch, peintre lui-même entouré de mystères. Saint Antoine, au centre de ce panneau, est entouré de démons, de créatures étranges, est tourmenté de toutes parts. Flammes, bois brûlé, profusion, complexité de l’œuvre, illustrent à merveille les notes d’élevage dans le vin, ces notes chaudes, grillées, complexifiant et intensifiant les vins.

 

Voir le Vin – Ou comment Flesh Love All – Inafuku Family (2020)  de Photographer Hal nous parle du vin fermé...

Que signifie le terme « fermé » dans le vin ? 

Un vin libère des arômes, cependant, il peut se refermer sur lui même : notre nez ne perçoit plus, ou très peu ses arômes. Le vin est comme éteint. Il ne s’exprime plus. On dit qu’il est fermé. 

Le vin est vivant, une fois en bouteille, il n’est pas figé, il continue à évoluer. Et cette fermeture, correspond à une phase de son évolution. 

Après sa mise en bouteille, le vin a besoin d’un temps pour se poser, pour se remettre de ses émotions. Il entre ensuite dans une seconde phase, pendant laquelle ses arômes s’expriment, il est alors ouvert. Mais avant d’arriver à son apogée, il entre dans une troisième phase, de repli, de fermeture. Comme s’il s’enfermait dans une chrysalide, pour entamer une phase de travail sur lui-même, qui aboutira à la phase suivante, son apogée, pendant laquelle il sera à son point ultime de son expression, de ses arômes, qui auront évolué pour se complexifier, de son équilibre... Ces phases s’enchaînent sur des années, un vin fermé est donc un vin qui est en évolution, avant d’atteindre son sommet. C’est un vin avec un potentiel de garde, d’évolution. Un vin qui a vocation à être bu rapidement après la mise en bouteille ne passera pas par toutes ces phases, notamment celle de fermeture.

Si, par malchance, vous ouvrez une bouteille en cours d’évolution, et que ce vin est fermé, passez le en carafe, le fait de l’oxygéner lui permettra de libérer ses arômes !

 

Pour illustrer cette notion, je l’ai rapprochée de cette étrange œuvre. Le photographe s’est amusé, pendant des années, à faire poser des couples devant leurs lieux de vie, avant de les recouvrir de cellophane, pour les photographier, emballés, figés. Il en résulte des photos déconcertantes, où l’amour se retrouve comme dans une barquette de viande (« Flesh »), enfermé. Et c’est bien à la notion de fermeture dans le vin, très fortement liée à la notion de temps, que me fait penser cette œuvre dérangeante !

 

 

Voir le Vin – Ou comment Reliefs - Reste d’un dîner d’huîtres (2020)  de Guy de Malherbe nous parle de la minéralité dans le vin...

Minéralité... Terme si usité, et pourtant si déroutant, lorsqu’il est associé au vin. D’ailleurs, ce terme fait toujours débat, dans la vitisphère. Alors, qu’est-ce que la minéralité dans un vin ?

En premier lieu, il est question d’olfaction, le nez perçoit dans un vin minéral des arômes de pierre à fusil, craie, silex, coquille d’huitre, caillou mouillé... Pour illustrer ces arômes, pensez à une balade au bord de mer, vous marchez sur des galets humides, le soleil apparaît, s’évapore une odeur de pierre. Ou encore, vous tapez deux caillous l’une contre l’autre, sentez-vous cette effluve de pierre chaude ? 

Mais ce n’est pas tout, il est aussi question d’une sensation gustative. Lorsque vous goûtez un vin minéral, vous avez une sensation de salinité en bouche, qui provoque une petite salivation. La sensation est subtilement salée, iodée, et apparaît plutôt en finale.

La notion de minéralité est positive dans le vin, elle est liée à d’autres notions,  complexité, droiture et pureté. Elle est la plupart du temps liée à certains vins blancs de Loire (Sancerre, Pouilly Fumé), de Bourgogne (Chablis), de Champagne ou d’Alsace. Les sols calcaires de ces Terroirs libèrent en effet des sels minéraux, qui se retrouvent dans ces vins. Certains cépages sont de vrais passeurs de minéralité, chenin, Sauvignon blanc, Chardonnay, riesling... il faut pour cela que le vigneron laisse s’exprimer le Terroir, et cela est un autre débat!

 

Cette huile sur toile de Guy de Malherbe, qui rappelle les natures mortes passées, me parle de la minéralité dans le vin. La forme douce des coquilles d’huître, le toucher élégant et velouté ainsi que les déclinaisons minérales de la nacre - du rosé au bleu outremer, en passant par le blanc-bleuté – font échos à la sensation de minéralité. Quant au rouge vibrant de la table, il nous rappelle que la minéralité est intimement liée aux vins vivants, aux vins qui laissent s’exprimer leurs Terroirs!

 

Voir le Vin – Ou comment Ascension Mark 1 (2017) de Anna Hulacova nous parle de la fraîcheur dans le vin...

Ce vin est marqué par la fraîcheur... Mais qu’est-ce que la fraîcheur dans un vin ? Il n’est pas question de température de service, mais bien d’une sensation en bouche. La fraîcheur est très liée à la notion d’acidité du vin. Lorsque vous dégustez un vin avec une acidité marquée, vous salivez. L’acidité entraîne cette salivation, et par là même, une sensation de « fraîcheur ». 

L’acidité une qualité, elle est essentielle à l’équilibre d’un vin. Trop acide, le vin n’est plus « frais », mais plutôt déséquilibré, avec un côté anguleux, tranchant... 

Quoi qu’il en soit, il est plus joli de parler de « fraicheur » que d’ « acidité » dans le vin, l’acidité faisant penser au vinaigre... Ce qui n’est pas très vendeur, vous en conviendrez ! 

Bois, métal, céramique, béton... Le montage de l’artiste tchèque Anna Hulacova est un équilibre complexe, et illustre merveilleusement l’équilibre d’un vin. Au cœur de cette œuvre, un jeu de fils de métal, en arcs et pointes, fait naître une sensation de légèreté, de vivacité, de fraîcheur, fraîcheur accentuée par la bichromie blanc/bleu, les bouquets de fleurs et de mousse émanant de ces mains-pots en suspension... 

 

Riesling, sauvignon blanc, chenin, gamay, je retrouve dans cette œuvre la sensation de fraîcheur liée à l’acidité de ces cépages.

 

Voir le Vin – Ou comment Pelagos (1946) de Barbara Hepworth nous parle de la tension dans le vin...

Le mot « tension » est très utilisé dans le monde du vin. Mais quelle est sa signification ? Quelle impression la « tension » laisse-t-elle en bouche ?

Un vin tendu est un vin vif, à l’acidité marquée, et dont la sensation dynamique perdure en bouche. Dès la première gorgée, un vin tendu éveille les papilles, qui restent en alerte pendant toute la dégustation. C’est un terme très positif, cette tension apporte droiture, et élégance.

J’ai associé la notion de tension dans le vin à cette oeuvre de Barbara Hepworth, artiste majeure de la sculpture moderne anglaise. Elle sculpte la nature, ou bien plutôt les sensations nées de son observation. D’un souvenir d’une balade le long d’une falaise, au bord de la mer, elle sculpte cette œuvre. Elle dit des cordes tendues dans la coque en bois d’orme, qu’elles figurent « la tension qu’(elle) ressentait entre elle (moi), la mer, le vent et les collines ». 

 

Je retrouve bien dans cette œuvre cette notion de tension que l’on retrouve dans certains vins blanc, cette droiture et élégance, qui persiste longtemps en bouche. Lorsque je déguste le Chablis de chez Garnier et Fils, ou un vin de Loire, Sancerre, Pouilly Fumé, ou Quincy de nicolas Lecomte...

 

Voir le Vin – Ou comment L’Enlèvement (1867) de Paul Cézanne nous parle du cépage Mourvèdre...
Œuvre de la première période de l’artiste, son sujet pose encore question : est-ce l’enlèvement de Proserpine par Pluton, inspiré des Métamorphoses d’Ovide ? Une chose est certaine, ce tableau est d’une violence inouïe, puisqu’il y est question de viol, d’enlèvement, de meurtre.... Le thème est sombre, la nuit, le paysage, les arbres, le sont tout autant. L’homme est une masse musculaire brute, un animal sauvage, une pulsion, qui structure le tableau en son centre, et sur la hauteur. Il en est la colonne vertébrale. Eclairé par la lune, son corps rougeoie dans la nuit, s’en détache, et ne forme qu’un avec le corps blanc de la suppliciée. 

Je retrouve dans cette œuvre la puissance du Mourvèdre, ses notes parfois animales, et sa personnalité racée, sa structure, sa charpente. Ainsi que Pluton dans l’œuvre, le mourvèdre donne une colonne vertébrale aux vins.

En savoir plus sur ce cépage :
Réputé fragile, cultivé en Espagne, d’où il est originaire, et en Australie, il a besoin de chaleur pour murir. Cépage d’assemblage, il apporte personnalité, structure et meilleur potentiel de garde aux vins rouges. Son Terroir de prédilection est la Provence (Côtes de Provence, Cassis, Côteaux Varois). Il est aussi le cépage roi du Bandol rouge. Egalement cultivé dans la Vallée du Rhône (Châteauneuf du Pape), et dans le Languedoc, où il est associé à la Syrah et Grenache. Il compose aussi certains rosés.
A l’œil : très coloré.
Au nez : jeune, il a des arômes de fruits noirs (cassis, mûre), de poivre, des touches végétales (laurier, garigue). En vieillissant, il prend des notes plus rondes et des arômes plus complexes de fruits confiturés (pruneaux, myrtilles), truffe, cuir, gibier, épices (clou de girofle, noix de muscade, cannelle), réglisse.
En bouche : alcoolisé, riche en tannins, généreux, corsé, racé, faiblement acide, il apporte charpente et complexité. 
La puissance du Mourvèdre se marie parfaitement avec des mets puissants, viandes rouges ou gibiers, et en rosé, essayez avec le rouget !

 

Voir le Vin – Ou comment Le Joueur de luth (1596) du Caravage nous parle du vin Jaune...

Ce joueur, à la masculinité très féminine, s’apprête à chanter. Le Caravage, maître du baroque, affiche sa sensualité décadente : lèvres pulpeuses et chemise entre ouvertes, yeux alanguis, mains caressant l’instrument... un appel à la débauche. Le rai de lumière, au dessus de sa tête, baigne l’œuvre de teintes mordorées. Nous pouvons presque sentir les odeurs délicates de fleurs, les arômes de fruits d’automnes, pommes, figues, noix. Le Caravage nous livre ici une œuvre riche, aux interprétations multiples : est-ce une illustration des cinq sens ? Ou des ravages du temps qui passe et qui fane la beauté des êtres et des choses ? 

 

Je retrouve dans cette œuvre la robe intense et dorée, les riches et puissantes notes aromatiques du Vin Jaune, sa complexité... et sa dimension intellectuelle. 

 

En savoir plus sur ce vin :

Roi du Jura, le Vin Jaune est un vin blanc sec, « de voile », oxydatif,  produit à partir du cépage local, le Savagnin. 4 appellations sont autorisées à le produire : Arbois, Côtes du Jura, Château-Chalon, L’Etoile.  A vin unique, mode d’élaboration unique : après fermentation, le vin est conservé 6 ans et 3 mois en fût de chêne. Une partie du vin s’évapore (part des anges), un voile de levure se forme à la surface du vin, qui le protège d’une oxydation excessive, et lui confère son caractère unique. Il est un vin « de méditation », sa dégustation appelle la concentration pour percevoir toute sa complexité.

A l’œil : robe brillante, dorée, soutenue.

Au nez : intense, mêlant notes de noix fraîche, fruits secs (figue, amande, noisette, noix),  pomme verte, épices douces (curry, réglisse), et délicatement florales. Egalement des notes de caramel, miel et pain grillé. 

En bouche : puissant, concentré, riche, les arômes d’olfaction se retrouvent et persistent. 

Vin de longue garde, sa puissance accompagne des mets à la saveur soutenue : foie gras, volaille ou crustacés à la crème, cuisine exotique au curry, ou comté vieux.

 

Voir le Vin – Ou comment Ophélie (1852) de Sir Everett Millais nous parle du cépage Aligoté...

Millais nous restitue la nature telle qu’il l’a observée pendant des mois, depuis la berge d’une rivière anglaise. Cette huile préraphaélite nous montre le dernier souffle de vie de l’héroïne shakespearienne Ophélie (Hamlet), qui, devenue folle après la mort de son père, se jette dans une rivière.  Le corps de la jeune fille, paré d’une robe richement brodée, ne fait qu’un avec l’élément liquide, il flotte, entouré de plantes aquatiques, d’une multitude de fleurs aux couleurs tendres, d’un halo de végétation. Le sujet est tragique, et malgré ce corps qui semble s’enfoncer dans les profondeurs de la rivière, il se dégage de cette œuvre, peinte avec une minutie déconcertante, une délicate fraîcheur, une impression de sérénité, de fluidité.

 

Je retrouve dans cette œuvre les expressions du cépage Aligoté, ses notes fleuries et minérales, sa fraîcheur, sa légèreté, sa fluidité.

 

En savoir plus sur ce vin :

L’Aligoté est un cépage originaire de Bourgogne, et descend du Pinot Noir. Peu cultivé dans le monde, délaissé en France, il bénéficie depuis peu d’un regain d’intérêt. Il est produit surtout en Bourgogne et entre dans l’élaboration des Appellations  Bourgogne-Aligoté, Coteaux Bourguignons, Crémant de Bourgogne et AOC Village Bouzeron.

Cépage vigoureux, il sera d’autant plus élégant que son rendement sera maîtrisé.

A l’œil, robe jaune pâle, avec des reflets dorés.

Au nez, des arômes frais de fleurs blanches (acacia, aubépine, sureau, tilleul), de fruits à chair blanche (pomme verte, pêche blanche), de citron.

En bouche, une fraîcheur et une vivacité marquées, avec des notes citronnées et minérales. Une acidité bien présente, une impression de légèreté, de fluidité. 

Bu jeune, il garde ses arômes délicatement fleuris et fruités, il peut aussi être gardé 3 ou 4 ans. Il est merveilleux avec des fruits de mer, des poissons, crustacés, viandes blanches, et les chèvres.

 

Voir le Vin – Ou comment La Main aux algues et aux coquillages (1904) de Emile Gallé nous parle du Chablis...

L’artiste verrier a toujours été inspiré par la mer, et nous livre ici un joyau technique. Cette œuvre en cristal figure une main sortant de la mer. Elle joue avec la lumière, le translucide, les couleurs opalescentes et subtiles. Œuvre pure, fraîche aussi, par la matière choisie, et le sujet, la mer. Y sont accrochées des algues, des coquillages, comme autant de parures. Main gracieuse, fine, élégante, élancée, main inquiétante aussi : sort-elle de l’eau, appelle-t-elle à l’aide ? 

 

Je retrouve dans cette œuvre l’aboutissement du Chardonnay en Chablis, sa grâce, son cristallin, sa pureté, sa signature saline. 

 

En savoir plus sur ce vin :

Le vignoble de Chablis est situé en Bourgogne Nord, à 200 km de Paris. Il englobe 4 appellations : Petit Chablis, Chablis, Chablis 1er Cru et Chablis Grand Cru. Le Chardonnay est le seul cépage de ce célèbre vin blanc sec, qui puise dans un sous sol âgé de 150 millions d’années sa personnalité minérale, et dans le climat semi-continental son équilibre, entre rondeur et fraîcheur.

J’aborde ici le Chablis, caractérisé par sa pureté, sa fraîcheur, sa finesse, sa minéralité. 

A l’œil, robe jaune pâle, brillante, puis or.

Au nez, un bouquet riche et frais, très fruité (citron, pomelos, pomme verte, poire), de fleurs (chèvrefeuille, lys, tilleul, acacia), végétale (herbe coupée, fougère, foin), de sous-bois et de champignons. De pierre mouillée. Des notes beurrées, briochées. Parfois des notes vanillées de fût de chêne. En vieillissant, des notes d’épices douces. 

En bouche, un vin aromatique, gras et pourtant très énergique,  une note prononcée de pierre mouillée. Une finale longue, de cristal.

Il peut être consommé jeune, ou gardé environ 5 ans. Il accompagne les fruits de mer, les asperges, les fromages de chèvre, et de type Comté. 

 

Voir le Vin – Ou comment Le Déjeuner des canotiers (1881) de Auguste Renoir nous parle du Châteaumeillant rouge...

 Renoir aime évoquer les ambiances parisiennes des bords de Seine. Nous sommes ici à Chatou, au restaurant Fournaise, une guinguette qu’aimaient fréquenter les parisiens. Renoir peint un groupe d’amis, ils déjeunent agréablement au bord de l’eau. Renoir saisit ce moment plein de vie, d’une jeunesse heureuse et insouciante, un après-midi d’été : les restes d’un repas appétissant, les fruits d’été, les bouteilles de vin entamées, les discussions intimes, les rêveries... Nous ressentons ici cette atmosphère gourmande, douce, de chaleur juste rafraîchie par l’eau de la Seine, une atmosphère de légèreté, de petit coin de paradis.

 

Je retrouve dans cette œuvre la gourmandise du Châteaumeillant rouge, sa jolie rondeur, sa légèreté et sa fraîcheur.

 

En savoir plus sur ce vin :

Châteaumeillant est une appellation française assez méconnue, avec moins de 100 hectares, située dans la Loire, région Centre, au Sud de Bourges. Elle produit des vins rouge sec, rosé et blanc.

En rouge, les cépages sont le gamay (au moins 60%) et le pinot noir.

A l’œil, une robe rubis violacée.

Au nez, des notes de fruits rouges (fraise, cerise, mûre, cassis), parfois maturés. Une pointe d’épice (poivre blanc). 

En bouche, des arômes très fruités, un vin qui tapisse la bouche, rond, élégant, des tanins soyeux. Un vin léger, frais, et pourtant présent. Une petite note poivrée en fin de bouche. 

C’est un vin à boire dans sa jeunesse, qui peu également être gardé pendant 5 ou 6 ans. A boire légèrement frais, il fait merveille avec les viandes grillées, rouge ou blanche, et les poissons ! 

 

Voir le Vin – Ou comment La Liseuse (1896) de Edouard Vuillard nous parle du Saint Joseph rouge...

Nous sommes dans l’intimité de cette femme, absorbée par sa lecture, indifférente au monde. Elle est engloutie par la profusion des objets et des motifs régnant dans la pièce. C’est un jaillissement de déclinaisons de couleurs chaudes, qui ne sont pas agressives, mais subtiles et délicates. Cette œuvre est marquée par une profusion douce, elle est dans le même temps très structurée, avec des lignes claires. Intensité des motifs, complexité de la structure, délicatesse de cette peinture. Nous sentons la chaleur de cet intérieur bourgeois, par les étoffes épaisses, veloutées ou moirées, ainsi que les effluves florales, capiteuses et musquées, de bois ciré et de cuir, ou d’un feu de bois...

 

Je retrouve dans cette œuvre la complexité aromatique du Saint Joseph rouge, ses notes chaudes, fruitée, florale et épicée, son intensité, sa structure, et dans le même temps son velouté, sa délicatesse et sa grâce. 

 

En savoir plus sur ce vin :

La Syrah est le grand cépage de l’Appellation Saint Joseph, située en Vallée du Rhône Nord. C’est un cépage délicat qui a besoin de chaleur pour mûrir, il produit des vins noirs, poivrés et structurés.

Au nez : des notes plus ou moins marquées de fruits rouges et noirs (framboise, groseille, myrtille, mûre, cassis); de fleurs (violette) ; d’épices (poivre, réglisse) ; d’herbes (eucalyptus, menthe). En vieillissant, apparaissent des notes plus complexes mêlant fruits cuits (pruneau) musc, truffe, cuir.

En bouche : vin très aromatique, délicat et gracieux et pourtant charpenté, avec des tanins veloutés, de l’alcool et peu d’acidité, et une belle longueur. On retrouve les mêmes notes de fruits noirs, d’épices, parfois de tabac (climats frais) ou de fruits noirs confiturés.

C'est un vin apte au vieillissement, qui accompagne à merveille viandes rouges cuisinées, grillées et gibiers.

 

 

Voir le Vin – Ou comment Le Printemps de S.Botticelli nous parle du Sauvignon Blanc...

J’aborde ici le Sauvignon Blanc du Val de Loire, dont les plus célèbres Appellations côté Centre sont Sancerre, Pouilly Fumé, ou encore Menetou Salon, Quincy, Reuilly... et plus à l’Ouest, la Touraine. Cultivé partout dans monde, il laisse s’exprimer le terroir, ses arômes sont donc très différents selon les pays et les régions !

 J’ai associé les expressions de ce Sauvignon Blanc au plus grand peintre de tradition florentine, Sandro Botticelli (1444-1510), et notamment à son                  œuvre magistrale qu’est le Printemps (1482).

Cette œuvre nous fait ressentir la fraîche douceur d’un matin printanier : Zephir, le vent léger du printemps, souffle sur les Trois Grâces, dont les voiles transparents et les chevelures s’agitent. Aériennes, elles dansent pieds nus sur l’herbe verte et grasse, parsemée de fleurs aux teintes pâles et subtilement nuancées. Les arbres sont chargés d’oranges, de fleurs d’oranger, dont nous devinons les douces effluves embaumer l’air. Une tranquille lumière passe à travers un feuillage chargé. 

Cette peinture est une ode à la Nature, à l’harmonie.   

 

Et je retrouve bien ici les arômes printaniers, frais et légers, subtils et élégants du Sauvignon Blanc du Val de Loire...

 

En savoir plus sur ce cépage blanc dans son expression en Val de Loire :

Il est ici vinifié seul, et produit des vins blancs secs très aromatiques. 

Selon les terroirs, il peut avoir au nez de subtiles notes d’agrumes (citron, pamplemousse, orange), de fleurs (acacia, genêt, fleurs d’oranger...), de fruits blancs (pomme verte, poire), des notes végétales ou herbacées (asperge blanche, buis, herbe coupée, fougère, menthe, fenouil)...

Il est marqué en bouche par la légèreté, la finesse, la fraîcheur, la vivacité... et parfois une pointe de caillou mouillé, ou de fumée.

Le Sauvignon Blanc adore le climat frais, qui permet de développer ces jolis arômes printaniers, cette vivacité et cette élégance si caractéristiques ! 

Pour garder cette fraîcheur, cette subtilité, le Sauvignon Blanc est bu dans sa jeunesse, je le marie à des mets délicats tels que les produits de la mer ou le  chèvre.

 

 

Vin & Art... Associer un vin, un cépage, à une oeuvre d'art.

"Voir le Vin" est un pont jeté entre la vision et l'olfaction/le goût. Pour amener à voir les impressions olfactives et gustatives nées du vin... et ainsi essayer de mieux le connaître et en parler!