Vignerons, Secrets d'Inspiration


 Avril 2020

Secrets d'Inspiration... On parle beaucoup de viticulture, de vinifications, de techniques dans le vin... et peu de cette question pourtant fondamentale de l'inspiration chez le vigneron. Aux vignerons qui m'inspirent depuis tant d'années, j'ai posé à mon tour cette question de l'inspiration. Les réponses sont parfois surprenantes, toujours interessantes, puisqu'elles nous permettent d'en apprendre plus sur ces femmes et hommes d'exception, sur leur art, et leurs vins. Alors, suivez-moi à présent au fil de ces rencontres, à travers nos Terroirs, pour connaître ces Secrets d'Inspiration!

 

 

 

Septembre 2020 - Secret d'Inspiration # 5

Domaine des Rochelles - « Je vis Loire, je pense Loire » Rencontrer un vigneron, c'est toujours rencontrer un lieu, un environnement, un Terroir. Mais avec Jean-Hubert Lebreton, il n'est plus seulement question de rencontre, mais de fusion, entre le vigneron, sa Terre, son Fleuve. Je raconte ici un échange inspiré, avec Jean-Hubert Lebreton, vigneron ligérien, amoureux de ses terres, et de son fleuve. C’est d’ailleurs cet attachement à son Terroir qui a motivé, il y a quelques années, la conversion de ses 45 hectares en bio, pour « laisser la Loire s’exprimer », me confie-t-il... Il nous livre dans cet entretien ses sources d’inspiration, il parle aussi du style dans le vin, de son style Loire, forcément... et de l’importance de la famille.

 

     QU’EST CE QUI T’INSPIRE, JEAN-HUBERT, DANS UN VIN? DANS TON VIN ?

Il y a deux métiers,  celui de la vigne et celui du vin. Et quand je déguste un vin, je relie les deux. J’aime  deviner le travail de la vigne qui se cache dans mon verre. Cela contribue au plaisir que j’éprouve dans la dégustation. Et quand je travaille ma vigne, j’ai aussi en tête le moment de la dégustation, et ce moment de la dégustation m’inspire. Je souhaite que l’on retrouve mes vignes dans le vin, et mon travail. Ce qui m’inspire tout autant, c’est l’harmonie. Le juste équilibre du vin, entre rondeur, souplesse et minéralité. Mon objectif, lorsque j’élabore mes cuvées, c’est justement d’arriver à cette harmonie, à cette buvabilité extrême. C’est là mon leitmotiv. Et je peux donc dire que l’harmonie du vin m’inspire ! 

Et puis, bien entendu, mon inspiration première... c’est La Loire !"

 

          COMMENT DECRIRAIS-TU TON STYLE ?

"Je suis un Homme de la Loire. J’habite à côté de ce fleuve. Mes pieds sont solidement ancrés dans ma région, dans ce Terroir. Je souhaite donc faire des vins cohérents avec leur Terroir, dans le « style de la Loire » donc. Des vins qui laissent La Loire s’exprimer. Des vins équilibrés, qui font la part belle à la fraîcheur et à la minéralité."

 

     PEUX-TU M'EN DIRE PLUS, SUR CE "STYLE DE LA LOIRE"?

"Le « style de la Loire », c’est tout sauf un style bodybuildé. Prenons l’exemple de mon Anjou Blanc, 100% chenin. C’est un vin harmonieux, plein de fraîcheur, de minéralité, dans lequel je cherche à faire ressortir le gras du cépage certes, mais sans artifice. Je souhaite laisser s’exprimer La Loire, mon Terroir. Son authenticité. Sans maquillage."

 

     TU ES TRÈS ATTACHÉ À LA LOIRE...

"Je vais voir la Loire tous les jours, je vis et travaille en fonction de la Loire. D’ailleurs, tout les ligériens considèrent la Loire comme une personne, une voisine même. Elle vit, elle est capricieuse, elle est sauvage, changeante. Oui, j’ai un attachement viscéral à la Loire. Et je souhaite que mes vins reflètent fidèlement ce Terroir magnifique..."

 

     ET C'EST CET ATTACHEMENT À TON TERROIR QUI T'A CONDUIT À LA CONDUITE EN BIO DU DOMAINE?

"Avec mon père, on fait beaucoup de vente directe, on parle de notre Terroir au quotidien, de nos terres, de nos parcelles. Nous étions en agriculture conventionnelle, et dans les années 2000, on s’est posé des questions... Comment pouvait-on parler de notre Terroir, de notre amour pour notre Loire, en intervenant dans nos vignes avec de la chimie ? Alors, en 2008, on a fait tout naturellement le choix du bio. Le bio, c’est surtout pour moi le choix d’une influence moins forte de l’Homme sur la Terre, sur les vignes. Certes, on maîtrise moins les éléments, mais on laisse le Terroir s’exprimer. Dans notre cas, le choix du bio, c’était le choix de l’honnêteté vis à vis de notre Terroir, et de nos clients. On a commencé à travailler en bio en 2008, et on a été certifié en 2012."

 

     QUELS VIGNERONS CONNUS ONT INSPIRÉ TON STYLE ? POURQUOI ?

"J’ai travaillé chez Pichon Baron à Pauillac, j’ai notamment appris à travailler le bois, l’élevage en barrique. Et cela a influencé mon travail sur les rouges. J’ai aussi beaucoup appris chez Jérémy Huchet, au Domaine de la Chauvinière, et Jérémy Mourat. Inspirés par la Loire, ils travaillent leurs blancs dans la finesse,  dans l’harmonie. Ils ont tous deux influencé mes blancs. Lors de mes stages, j’ai vu les bonnes pratiques, mais également certains excès,  notamment en Australie, la démesure, qui m’ont permis de comprendre ce vers quoi je voulais aller. Cela a façonné mon désir de fidélité à la Loire, à mon Terroir. Et enfin, pour les rouges, comment ne pas rendre hommage à mon grand-père et à mon père. Mon grand-père a planté du cabernet sauvignon dans les années 60, sur une parcelle nommée la Croix des Missions. C’était novateur à l’époque en Anjou, il y avait peu de rouge, et encore moins de Cabernet. Il a développé un savoir faire, et cette cuvée « Croix des Missions » est devenu au fil des ans, la cuvée phare du domaine. Mon grand père était surnommé le « Pape de l’Anjou rouge », c’est dire l’influence qu’il a eu en Anjou. Mon père, lui, a encore affiné le style de cette cuvée."

 

     QUELLE PERSONNE/PERSONNAGE T’INSPIRENT AU QUOTIDIEN? EN QUOI CELA A-T-IL UN IMPACT SUR TES VIGNES, TON VIN, TON STYLE ET POURQUOI?

"Ma femme ! Originaire d’Alsace, elle voue un culte au Pinot Noir, à son élégance, sa légèreté, sa souplesse, sa rondeur.  J’ai donc eu à cœur de travailler mes vins rouges, à base de cabernet franc, pour en assouplir encore et toujours les tanins, j’ai voulu plus de rondeur et de souplesse. Je veux faire des vins rouges qui plaisent à ma femme ! Ma femme est très importante, elle est mon associée, elle est à ce titre une pierre angulaire du domaine, sans elle rien ne serait possible, elle gère l’administratif, le commercial...  et elle est ma muse !"

 

     PENSES-TU QUE TON STYLE A EVOLUE AU FIL DES ANS? 

"Je ne suis pas quelqu’un de borné, j’évolue, et mon style également. Mais je veux être fidèle à ce que je suis, à la Loire. Je ne me fourvoierai pas pour répondre à une mode..."

 

     QUEL TRAIT DE CARACTERE SE REFLETE LE PLUS DANS TON VIN, DANS TA MANIERE DE FAIRE DU VIN?

"Je suis très exigeant, envers les autres, mais surtout envers moi. Je suis donc très exigeant sur la qualité de mon vin, aNous travaillons en famille, ma mère, mon père, mon frère, ma femme... Je suis la 5è génération de vignerons. La famille est importante. Et qui dit famille, dit l’Autre. Je fais du vin parce que c’est synonyme de partage, de convivialité. J’aime la rondeur, l’harmonie, la subtilité, la buvabilité, pour que justement mes vins participent à ces moments de partages. J’aime les autres, et je pense que cela se ressent dans mon vin !"

 

    QUELLE EST TA DEVISE?

"L’humilité. Je travaille avec la vigne, avec la Loire. Elles sont toutes deux capricieuses ! L’environnement également est capricieux : le gel, la grêle... il faut donc être humble face à la nature, et apprendre à accepter. Et puis, j’aime mon métier, quelle chance de l’exercer. Quand je me lève le matin, je suis heureux... cela aide à accepter les aléas de la Nature !"

 

     POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE DOMAINE DES ROCHELLES... 

Le Domaine des Rochelles un domaine familial, situé en Anjou, à Saint Jean des Mauvrets. Les 45 hectares du domaine sont cultivés en bio, sur l’Appellation Anjou. Il propose une large gamme de vins, pétillants (Crémant de Loire AOP), rosés de Loire (sec, et demi sec), blancs secs (chenin, sauvignon blanc), liquoreux (Coteaux de l’Aubance) et rouges, dont le très connu Anjou Villages Brissac « La Croix de Mission », assemblage de Cabernet Franc et Cabernet Sauvignon, qui a fait la réputation du domaine.

 

2020 - Secret d'Inspiration # 4

Domaine Lecomte - « Nous n’héritons pas de la Terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. » Cette citation d’Antoine de Saint Exupéry, où il est question d’héritage et de la Terre, résume bien l’état d’esprit qui anime Nicolas Lecomte, vigneron dans la Loire. Il a hérité du domaine, fondé par son père en 1995. Et il travaille chaque jour ses 13 hectares de vignes, ainsi que ses vins, dans le souci de l’environnement et de l’Autre. J’ajouterais qu’il y a quelque chose du Petit Prince, de l’élégance et de la bienveillance de cette œuvre emblématique, dans Nicolas, et ce n’est pas un hasard s’il a repris cette citation à son compte.  Nicolas, nous ouvre ici son cœur, et nous découvrons ses sources d’inspiration, entre Nature et Homme. Une jolie balade nous attend, simple et authentique...

 

     QU’EST CE QUI T’INSPIRE, NICOLAS, DANS UN VIN? DANS TON VIN ?

" Ma première inspiration dans le vin, dans mon vin, est le raisin. Je souhaite produire des raisins qui donnent envie d’être mangés, gorgés de vie, de sucre, et avec une belle acidité. Parce qu’un beau raisin est la base d’un bon vin. Et puis, je suis un vigneron connecté aux autres, au monde, je m’enrichis au contact quotidien avec mes collègues-amis vignerons de Quincy et Châteaumeillant, de mes lectures, de la presse, de l’œnologue avec lequel je travaille."

 

          COMMENT DECRIRAIS-TU TON STYLE ?

"Je souhaite créer un vin qui me plaise avant tout, et qui plaise à mes clients. Un vin qui apporte du plaisir. Pas un vin de technologie, mais un vin issu de son Terroir, pas exubérant, car notre Terroir n’est pas exubérant. Je souhaite un vin plein de finesse, de subtilités..."

 

     QUELS VIGNERONS CONNUS ONT INSPIRÉ TON STYLE ? POURQUOI ?

"J’ai fait un stage chez un vigneron, Bertrand Minchin, qui m’a beaucoup marqué, à Ménétou Salon. Ce vigneron mettait tout en œuvre pour produire un raisin et un vin de qualité. Chaque jour, il pensait et re pensait ses procédés, pour être toujours dans une démarche d’amélioration de sa qualité. C’est très inspirant, cette perpétuelle remise en question de ses propres acquis."

 

     QUELLE PERSONNE/PERSONNAGE T’INSPIRENT AU QUOTIDIEN? EN QUOI CELA A-T-IL UN IMPACT SUR TES VIGNES, TON VIN, TON STYLE ET POURQUOI?

"J’ai eu la chance de faire un stage de 6 mois chez Drouhin, en Orégon, en 2005. J’ai travaillé avec Robert Drouhin, sa femme, et Véronique, leur fille. Cela a été très formateur, bien entendu d’un point de vue professionnel, car ce sont de très bons techniciens, dans les vignes, dans les caves, et au niveau de la commercialisation, de la conduite de leur business en général. Mais ce qui m’a encore plus touché, c’est la dimension incroyablement humaine de cette famille. Ce sont des gens très simples, qui sont très attachés à l’humain. La manière dont ils s’occupent de leur personnel notamment, m’a beaucoup marqué. Ils organisent par exemple des « charities », des ventes de vins pour récolter des fonds, afin de venir en aide à leur personnel qui se trouve dans le besoin. Cette rencontre a été déterminante pour moi, et elle est une source quotidienne d’inspiration, lorsque je suis dans les vignes, dans ma cave, ou avec mes clients… Je pense à eux très souvent… oui, ils m’ont marqué, professionnellement et personnellement !"

 

     PENSES-TU QUE TON STYLE A EVOLUE AU FIL DES ANS? 

"Ce qui a surtout changé, avant mon style, c’est mon travail dans les vignes. Le consommateur demande des vins travaillés le plus naturellement possible, et cela me va très bien! Ainsi, la question environnementale est devenue prépondérante. Nous n’utilisons plus d’herbicide, nous travaillons le sol à la bêche entre les pieds de vigne, et nos inter rangs sont enherbés. Nous utilisons des produits naturels (zinc et cuivre) pour traiter les vignes, notamment contre les champignons. Les engrais sont naturels, organiques.

Quant au style de mon vin, oui, il a évolué. Je ne tiens rien pour acquis, je suis dans l’amélioration continue! Je me documente beaucoup, je travaille de nouvelles manières de faire au niveau de la vinification, comme la macération, ou le temps d’élevage. J’essaie de faire toujours mieux. Je pense, sur mon Quincy, avoir gagné en finesse, en élégance, en longueur en bouche. Sur mon Châteaumeillant, j’ai beaucoup travaillé la macération, qui est fondamentale, pour aboutir à une macération pré fermentaire à froid, avec neige carbonique, pour garder les arômes si délicats des cépages Gamay et Pinot Noir. En fait, mon style évolue pour tendre vers la perfection, qui n’est jamais atteinte!"

 

     QUEL TRAIT DE CARACTERE SE REFLETE LE PLUS DANS TON VIN, DANS TA MANIERE DE FAIRE DU VIN?

"Je suis très exigeant, envers les autres, mais surtout envers moi. Je suis donc très exigeant sur la qualité de mon vin, ainsi que sur la satisfaction du client. Je suis exigeant au niveau de mes vignes, de la récolte, de la vinification, à chaque étape de l’élaboration de mes cuvées. Et également au moment de la commercialisation. Je souhaite que mes clients soient toujours satisfaits!"

 

    QUELLE EST TA DEVISE?

"Le client, le client, le client… On doit au client la satisfaction maximale! Et cela est mon moteur!"

 

     POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE DOMAINE LECOMTE... 

Le Domaine est situé dans le Centre Val de Loire, il est composé de 13 hectares qui produisent 80 000 bouteilles par an, la majorité en Appellation Quincy (blanc), le reste en Appellation Châteaumeillant (rouge). Le Père de Nicolas a fondé le domaine en 1995, en partant de zéro. Avec Nicolas, ils ont tout développé, la superficie, le savoir-faire et la notoriété. L’exigence du Domaine a porté ses fruits, puisque les vins de Nicolas se retrouvent sur quelques unes des plus belles tables de France, certaines étoilées, dont Cyril Lignac, Guy Savoye... Ses vins sont exportés en Europe, aux USA. Il décline ses Quincy et Châteaumeillant en plusieurs cuvées, élevées en cuves inox, elles gardent la fraîcheur des fruits, ou en barriques, pour leur apporter plus de complexité et de corps. 

 

Mai 2020 - Secret d'Inspiration # 3

Domaine Johanna Cécillon - « Vigneronne de pommes ». C’est ainsi que se définit Johanna Cécillon. Et en effet, Johanna a réellement su transcender le savoir-faire du cidrier. Avec Johanna, le cidre devient gastronomique, et nous en arrivons à parler de Terroirs, du travail exigeant des vergers, comme peut l’être le travail de la vigne, et de la délicate et fondamentale étape de la cidrification, aussi exigeante que celle de la vinification. Les cidres de Johanna sont des cuvées complexes, qui savent accompagner les meilleurs mets. Loin de répondre à une mode, à une tendance, Johanna s’ancre bien dans un héritage, dans une histoire.  

Elle, pourtant si discrète, nous dévoile ici ses sources d’inspiration. Elle nous parle du plaisir et de la magie des accords, de ses parents, de son amour de la Nature... et nous fait pénétrer sur ses Terres celtiques!

 

      QU’EST CE QUI T’INSPIRE, JOHANNA, DANS UN VIN? DANS TON CIDRE ?

 "Ce qui m’inspire, c’est de retrouver dans un vin du plaisir, des arômes, du goût, et de la longueur en bouche. Cela peut paraître basique, mais c’est pour moi le fondement, ma base. Je travaille en effet dans cette optique pour mes cidres, la persistance aromatique. Et puis, mon cidre bien accordé avec un met, je trouve cela magique. Ces accords m’inspirent également, pour élaborer mes cidres. Il ne faut pas oublier enfin que le vin, le cidre, sont synonymes de convivialité, de bons moments passés entre amis, en famille."

 

          COMMENT DECRIRAIS-TU TON STYLE ?

"Un mot pour décrire mon style, la cohérence. Une cohérence forte entre mon Terroir, mes cidres, et moi. Mes cidres sont élaborés dans la tradition, ils sont le produit de mon terroir Celtique et de mes racines, ils en sont le reflet. Moi-même, ainsi que mon mari, Louis, nous sentons portés par nos aïeuls. Ma famille est installée au Domaine depuis 1870, et Louis est la 12ème génération de vignerons.

Mes cidres sont le reflets de nos vergers, de ces collines, du temps qu’il fait, des années qui passent. Ils reflètent aussi ce que je suis. 

Je respecte l’environnement, les personnes, mes cidres sont élaborés dans ce respect, et cela se découvre à la dégustation. D’ailleurs, je pense que notre impact environnemental doit être plus éthique, vis a vis de la nature, des animaux. J'espère que cet état d’esprit deviendra la norme dans les années à venir, surtout pour nos enfants."

 

     JE ME PERMETS D'AJOUTER, JOHANNA, PUISQUE JE TE CONNAIS DEPUIS QUELQUES ANNEES, QUE TES CIDRES SONT A TON IMAGE, SUR LA RESERVE, ET LA DELICATESSE. ES-TU D'ACCORD AVEC CELA?

"J’accepte ces mots avec plaisir, bien que cela ne soit pas dans ma nature de parler de moi... J’ai déjà entendu cependant des sommeliers dire que les vins sont à l’image de leurs vignerons. Alors si tu les ressens ainsi, cela me va !"

 

     PENSES-TU QUE TON STYLE A EVOLUE AU FIL DES ANS? 

"Je garde depuis mes débuts la même trame pour les 4 cuvées : la fraîcheur pour le Poiré Bélénos et le Cidre Divona, du tanin pour Nérios, et pour Nantosuelta, l'harmonie et la douceur (et toujours un grand équilibre et une belle longueur en bouche, cela est essentiel pour moi). Cependant, je suis passée sur quelque chose d'un peu plus sec en bouche, plus brut, moins de sucre résiduel, et peut-être encore plus gastronomique. Pas pour suivre des tendances, des modes, mais par choix, pour suivre mes goûts."

 

     QUEL VIGNERON CONNU A INSPIRE TON STYLE? ET POURQUOI? 

"Sans aucun doute, la Vallée du Rhône ! St Joseph, Cornas, Crozes Hermitage... et Jean-Louis Grippat, l'oncle de Louis, m’a beaucoup guidée, il m’a donné beaucoup de conseils. Il m’a transmis sa rigueur, beaucoup de rigueur ! C’est quelqu’un de très intransigeant sur la qualité, notamment la qualité des fruits. Comme il le dit : « fruits sains = bons produits ». Ses conseils pertinents se vérifient au quotidien : il n’y a pas longtemps de cela, j’ai ouvert un cidre Divona, millésime 2013. Il avait gardé toute sa jeunesse, il était toujours aussi agréable au nez et en bouche ! Je n’ajoute pas de soufre... et tout ce travail en amont conduit à cette droiture de mes cidres, dont les qualités perdurent dans le temps."

 

    QUELLES PERSONNES OU PERSONNAGES T'INSPIRENT AU QUOTIDIEN? ET DANS QUELLE MESURE CELA A-T-IL UN IMPACT SUR TES CIDRES, TON STYLE, TON TRAVAIL?

"Mes parents... Ma mère, pour son sens artistique, et mon père, qui m'a transmis la droiture et le goût du travail. Pour le travail des vergers, de la terre, c'est ma grand-mère qui m'inspire, véritable amoureuse des fleurs, des plantes, des arbres et des animaux. 

Elle m'a conseillée sur des variétés anciennes que son père préconisait pour son cidre. Ce sont d'ailleurs mes grands-parents qui m'ont fait boire du cidre pour la 1ère fois !"

 

     QUEL TRAIT DE CARACTERE SE RETROUVE LE PLUS DANS TON CIDRE? OU DANS TA MANIERE DE FAIRE DU CIDRE?

"Je pense être une personne saine et droite, je travaille avec des fruits sains, et mes cidres sont souvent décrits comme étant très « droits », par les sommeliers. Et puis je suis très exigeante, cela se reflète dans ma manière de travailler, notamment lors du tri pendant la récolte des pommes, et avant le pressurage. Et également lors des étapes de travail en cave, comme le suivi des deux fermentations, d’autant plus que je n’ajoute pas de soufre, je dois donc rester très concentrée."

 

     QUELLE EST TA DEVISE?

"Élaborer des produits sains et naturels pour le plaisir !"

 

     POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE DOMAINE JOHANNA CECILLON... 

Le domaine est situé dans le Nord de la Bretagne, sur les communes de Sévignac et de Trédias, dans les Côtes d'Armor. La famille de Johanna est sur le domaine depuis 1870, le Domaine Johanna Cécillon a commencé sa production en 2011. Il compte 16 hectares, conduits en agriculture biologique depuis le commencement. Le domaine est en biodynamie depuis 2017. Ces hectares sont répartis sur 9 vergers, constituant autant de Terroirs, sur lesquels sont cultivées 14 variétés de pommes : douces, coudes-amers, amers et acidulées. Le domaine produit trois cidres gastronomiques (Divona, Nérios, Nantosuelta) et un poiré (Bélénos), dont les noms de cuvées sont inspirés de dieux celtes. Les cuvées sont cidrifiées selon la méthode traditionnelle, les fermentations sont naturelles, les levures indigènes, l'élevage se fait sous bois, il n'y pas d'ajout de soufre. Les cidres du domaine, naturels, complexes et gastronomiques, se trouvent sur les plus belles tables en France et dans le monde (USA, Québec, Japon, Australie, etc.).

 

Avril 2020 - Secret d'Inspiration # 2

Domaine Boucabeille S’il est un vigneron inspiré et inspirant, c’est bien Jean Boucabeille. Car parler avec Jean, c’est parler de vins, de littérature, et de philosophie !

Le Domaine est constitué de près de 30 hectares de vignes, plantées en terrasses sur les difficiles côteaux de la colline de Forca Real, près de Perpignan, des vignes plantées dans le schiste, entourées de garrigues, de forêts de pins et de chênes. L’environnement est extrême, la nature noble mais hostile : les vins y puisent ainsi leur complexité et leur force. On comprend ainsi pourquoi cet environnement compliqué, pour produire des cuvées d’exception, doit être pensé et réfléchi sans relâche. Forca Real induit la réflexion, et est l’exemple même de l’adéquation environnement-vigneron. En effet, Jean est un vigneron penseur, un vigneron qui expérimente sans cesse de nouvelles cuvées (les vins "nature" Le Bon Sauvage, Amethyst...), qui pense sans relâche ses Cuvées historiques (Monte Nero, Les Orris), qui pense tous les jours son Terroir sans le contraindre, et la meilleure manière de le magnifier. 

Jean a perpétuellement ses sens et son intellect en éveil. Il nous parle du mystère de la dégustation, de ses inspirations littéraires, de rencontre avec le Vin... et nous embarque depuis les collines de Forca Real dans un voyage introspectif et inspiré !

 

      QU’EST CE QUI T’INSPIRE, JEAN, DANS UN VIN? DANS TON VIN ?

 "Je me méfie de cette question. N'anticipons pas ce qui va nous inspirer ! Si je dis ce qui m'inspire, je dis ce qui va faire écran entre le vin et moi. Je passerais certes pour un savant, ou un poète, mais je cours le risque de rater la rencontre avec le vin..."

 

      ENTENDU! JE REFORMULE DONC MA QUESTION : POURQUOI BOIS-TU DU VIN?

"Je ne bois pas pour me saouler, même si cela peut m'arriver, tel Noé, le premier vigneron, qui se saoule et finit nu, hébété, sous sa tente. Non, je bois du vin pour le mystère de la rencontre, qui est pour moi le même mystère que celui de la lecture. Dans quel état vient me trouver ce vin ? Que me dit-il ? Dans quel état est-il lui-même, n'est il pas trop excité par son dernier voyage, est-il fébrile, a-t-il besoin d'un peu d'air ? Suis je moi-même réceptif ? Et le plus important: va-t-il nous apporter quelque chose, ce vin, à nous tous qui sommes autour de lui ? La conversation en sera-t-elle meilleure ?

Car c'est le grand paradoxe du vin, nous ne le dégustons jamais simplement, superficiellement. Notre dégustation est principalement cérébrale. Avant d'ouvrir la bouteille, nous sommes là avec nos expériences, nos désirs, nos émotions, nos contrariétés, et tout cela interfère avec la dégustation, et met comme un écran entre le vin et nous !" 

 

      DANS QUEL ETAT D'ESPRIT ES-TU LORSQUE TU DEGUSTES TON PROPRE VIN ?

"Mais je peux être pareillement la victime de ces interférences avec cerveau ! Je trouve dans mon vin les qualités ou les défauts que je crois savoir qu’il contient. Si je ne trouve pas un aspect, je vais le rechercher et je finirai par le trouver, pouvant ne pas apprécier une qualité beaucoup plus remarquable par exemple ! En dégustation je ne lâche vraiment prise que sur mes vieux millésimes d'Orris. Ils ont traversé le temps et le surplombent. Ils ont mérité le repos. Le cycle de la commercialisation s'est achevé. Ils ont été les vaillants porte-étendards du Domaine, cherchant à séduire et multipliant les promesses. Ils sont ce qu'ils sont. Ici,  dans le chai que j'ai creusé uniquement pour eux à Corneilla-La-Rivière ou, là-bas, dans les caves des collectionneurs. En revanche,  Je ne me « décolle » pas beaucoup sur les vins en cours de commercialisation car ils sont en devenir, souvent très  jeunes, trop en tension.  Proches de la vendange et de leur mise en bouteille, ils aspirent à des jours meilleurs. Des moments et des angoisses de la vinification me saisissent comme si c'était hier, je relève des imperfections, je pense à ce que je vais améliorer à la prochaine vendange!"

 

     COMMENT DECRIRAIS-TU TON STYLE? ET SANS PARLER D'INSPIRATION, Y-A-T-IL DES PERSONNES OU DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS TU SOUHAITES FAIRE UN PARALLELE AVEC TON TRAVAIL DE VIGNERON?

"Mon vin a un style classique. J'aime les formes harmonieuses, l'équilibre. Je me reconnais plutôt dans le style apollinien que dans le dionysiaque. C'est pour cette raison et pour l'exorciser, que j'ai mis au mur de mon chai à barriques enterré, une sculpture en bois de Dionysos. C'est comme ca et je ne pense que cela changera. Mon éducation et mes rencontres m'ont ouvert cette voie. 

Je suis également fasciné par les œuvres littéraires issues d'une vie de travail et de réflexion, celles écrites au soir d'une vie, comme la Recherche de Proust ou les dialogues des Carmélites de Bernanos. Je me méfie un peu d'une œuvre de jeunesse même si je peux en apprécier les fulgurances. Il en est de même dans mes vignes et dans mes vins. Dans les premiers vins d'une cuvée, on tâtonne, on a une idée du vin que l'on veut réaliser mais elle ne se retrouve pas toujours dans la bouteille. La matière nous joue des tours ! Une bonne idée ne produit pas nécessairement un bon vin. Depuis près de 20 ans, sur tous mes vins, je travaille sans relâche sur l'équilibre, la finesse et la persistance. Regardez mon vin complètement « nature » le Bon Sauvage (sans intrant et sans intervention aucune), il est de facture classique : il garde le fruité du raisin et semble atteindre un équilibre, en un point haut, entre tanins, rondeur et épices. A vrai dire, je ne le mettrais jamais en bouteille, s’il n’avait pas ce lien de parenté avec mes autres vins ! La cohérence de style entre mes vins est importante.

 

     PENSES-TU QUE TON STYLE A EVOLUE AU FIL DES ANS? 

"Hormis pour mes dernières cuvées natures, Le Bon Sauvage, mais aussi Améthyst et Rêve d’Amour, plus confidentielles, le style du Monte Nero et des Orris évolue assez peu car mes vins sont très marqués par le Terroir de Forca Real, terroir d'altitude, remarquablement orienté, constitués par des schistes de l'ère primaire et entouré par la garrigue. Ce terroir donne naturellement des vins rouges fins, assez peu tanniques, épicés, raisonnablement alcooliques, avec une couleur rubis profonde. Cela me convient, je ne veux pas aller contre ce profil de vin. Je les accompagne dans cette direction en travaillant sur la longueur, les équilibres, les élevages sous bois." 

 

     QUEL TRAIT DE TON CARACTERE SE RETROUVE DANS TON VIN, DANS TA MANIERE DE FAIRE DU VIN? 

"La vigilance ! Par exemple pour le Bon Sauvage : vigilance à la vigne, mais aussi vigilance pour la date de la récolte, le choix de la cuve, le temps de la macération, le choix crucial de la date de mise en bouteille, après élevage ou non. Dans l'élaboration de ce vin, comme dans celui de mes autres vins « natures », la dégustation est également importante, c’est une vigilance des sens, qui doit être régulière. Chercher les arrière-sensations avant même qu'elles ne franchissent l'horizon de la perception! Seul, mais aussi avec mon œnologue, Brigitte, mon père, Régis Boucabeille, et puis, sans rien leur dire, avec les gens qui passent à la cave lors de la période de vinification !" 

 

     PEUX-TU ME CITER UN VIN QUI A ETE UNE SOURCE D'INSPIRATION? 

"Je me souviens d'un vin de la Côte de Nuits, un vieux millésime des années 80 de l'appellation Bonnes Mares Grand cru dégusté au début des années 2000 et qui m'avaient fait une forte impression. Tout y était ! Le summum du plaisir devant la perfection du vin. Ce vin était mieux qu'un joli Bourgogne dont on se régale d'apprécier pendant de longues minutes avant de le boire, les arômes délicats : il avait une plénitude, une structure, une incroyable longueur. Nous l'avons ouvert à son apogée. Etions nous aussi à la nôtre ? Y avait il ce jour-là en moi, ou autour de moi, car je me souviens que nous étions une joyeuse compagnie, quelque chose qui m'a permis d'atteindre ce sommet ? Issu du Cep de vigne qui grandit par la Terre et par le Ciel, le vin témoigne dans notre verre de cette double ascendance, et nous invite ainsi au voyage. Soyons prêts !" 

 

     POUR EN SAVOIR PLUS SUR LE DOMAINE BOUCABEILLE... 

Crée en 1976, le domaine a été repris en 1990 par la famille Boucabeille, avec, dès le départ, un engagement fort en faveur de l’environnement. Lorsque Jean Boucabeille prend la suite de son père, Régis, en 2001, il engage naturellement le domaine dans la voie de la certification biologique (2008). Il travaille sans relâche la biodiversité de son Terroir : labours évitées, forêts plantées autour des vignes, entretien de la garrigue, création de mares, pose de dizaines de ruches, etc. Il souhaite former ainsi un écrin à ce Terroir exceptionnel, reconnu depuis très longtemps pour produire les meilleurs vins de la région. Ce Terroir étant difficile d’accès, la culture de la vigne avait en effet été abandonnée au cours du 20è siècle. Jean Boucabeille intervient le moins possible au niveau de la vinification, il souhaite ainsi que ses vins soient un véritable témoignage de son Terroir. Il produit des vins en AOC Côtes du Roussillon, AOC Côtes du Roussillon Villages, AOC Rivesaltes et des vins natures.

 

Avril 2020 - Secret d'Inspiration # 1 

Sébastien Blachon  « Small is beautiful », ainsi je qualifierais le domaine de Sébastien Blachon, situé à Saint Jean de Muzols, au cœur de l’Ardèche. 5 hectares, qui produisent environ 20 000 bouteilles par an, une petite production donc.

Mais quelle production, quasi entièrement dédiée à ce magnifique cépage qu’est la Syrah. Sébastien, produit notamment Nom de Bleu, vin de France 100% Syrah, 100% plaisir, léger et velouté... et son Pépé, un Saint Joseph tout en finesse et délicatesse. Et ce, dans le respect de la Terre. Sébastien est à l’image de son Terroir, il l’incarne même, il se confond avec celui-ci. Il nous parle de son inspiration.

Et vous savez quoi ? Son inspiration nous parle de bâtisse, de Terroir, d’âme...

 

      QU’EST CE QUI T’INSPIRE DANS UN VIN? DANS TON VIN ?

 "Après mon mariage, j’ai acheté avec ma femme une grande bâtisse traditionnelle, qui a été pendant des générations utilisée comme cave viticole. Elle produisait entre autres de l’Hermitage. Ce lieu est chargé de l’histoire viticole de la région, et possède une vraie âme. Il m’inspire au quotidien, et me donne l’envie de perpétuer ce savoir-faire ancestral, cette tradition. Et puis, mon Terroir m’inspire, mes vignes anciennes, très anciennes pour certaines (plus de 50 ans), sur ces collines escarpées et ce paysage sublime."

 

      COMMENT DECRIRAIS-TU TON STYLE ?

"Mon style est à l’image de ma cave, de ma bâtisse, et de mes parcelles : dans la finesse, et dans l’authenticité."

 

      QUELS VIGNERONS CONNUS ONT INSPIRÉ TON STYLE ? POURQUOI ?

"Pierre Gonon... sans aucun doute. C’est un vrai passionné, qui fait un vin exceptionnel, il est en plus sympathique, avenant, c’est ce que j’appelle « un jardinier des vignes », c’est-à-dire que ses vignes sont toujours impeccables. Et son vin est à l’image de ses vignes, impeccable."

 

      VOUS VOULEZ EN SAVOIR PLUS SUR LE DOMAINE SEBASTIEN BLACHON?

 Sébastien Blachon a un parcours atypique. Il a toujours travaillé en lien avec la terre, et a débuté son activité professionnelle en tant que salarié dans une entreprise de négoce agricole, au cœur de l’Appellation de Saint Joseph. Mais pendant toutes ces années, sa passion pour ce terroir n’a cessé de croître, ainsi que sa passion pour le vin. Sébastien le dit simplement : « j’ai toujours voulu faire du vin ». Son mariage sera déterminant dans son parcours professionnel, puisque son beau-père, viticulteur, lui met le pied à l’étrier, en lui permettant de louer en 2009, 3500 M2 de vignes en Saint Joseph... Sébastien se lance alors. Il élabore sa première cuvée en 2009, en parfait autodidacte. Il suit ensuite plusieurs formations chez des amis vignerons. Et décide de commercialiser sa première cuvée en 2013, lorsque celle-ci se révèle correspondre à ses critères d’exigence : finesse et authenticité du Terroir. 

Le bouche à oreille aidant, le Domaine s’agrandit au fil des ans, et des rachats ou locations aux voisins et connaissances. Le Domaine poursuit son développement, en élaborant de nouvelles cuvées, en développant ses ventes en France et à l’export notamment. 

 Sébastien Blachon reste quant à lui fidèle à ce qui l’animait dès le départ : produire des vins authentiques, de grande finesse, dans le respect du Terroir. Son Saint Joseph Pépé, ou encore son vin de pays Nom de Bleu l’attestent...